Savoir / Dessiner
 

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Entretien avec Karim Ghaddab
publié dans le catalogue de l'exposition Félicità 17 ( ed. Beaux-arts de Paris, 2017)

Karim Ghaddab - Votre travail embrasse de très nombreux champs : photographie, vidéo, dessin, édition, mosaïque, sculpture … Quel sens donnez-vous à cette volonté de ne pas vous limiter à un seul médium et d’aborder certains modes d’expression traditionnellement jugés mineurs ou liés à l’artisanat ? Je pense à un mouvement comme Arts & Crafts. Est-ce une attitude dont vous vous sentez proche ?

Arthur Tiar - Je me pose toujours la question de la place, depuis laquelle on fait les choses, à laquelle on se trouve. Et donc en tant qu’artiste, quelle place occupe-t-on, quelle place pouvons-nous prendre ? et je crois que tout cela est lié à une question de liberté, à une possibilité de faire.
Du coup, cette pluridisciplinarité, son sens fondamental, c’est, je crois, la possibilité d’utiliser cette liberté, de se déplacer, de se mouvoir à travers l’espace, d’utiliser son corps comme on veut.
Je ne fais pas de hiérarchie entre ma pratique quotidienne du dessin, mes photos de voyages, ou des techniques qui sont effectivement plus artisanales, comme la mosaïque, ou la bande dessinée, qui sont des pratiques dont le rapport au temps n’a rien à voir. Dans tous les cas, je cherche à me déplacer selon l’énergie que j’ai à donner.

Ensuite, concernant le mouvement Art & Crafts, disons que je m’intéresse surtout, et depuis longtemps, aux mouvement arts déco, art nouveau, sécession viennoise, et à l’école du Bauhaus. J’ai la sensation effectivement que quelque chose me rapproche de ces idées.

Je regarde beaucoup les arts dits mineurs, car ils font partie de notre histoire, de notre présent, de notre entourage, et je suis enthousiaste à l’idée d’une vie où l’art serait partout, à tous les niveaux.

Je m’interroge sur le sens public du travail artistique, et si dans les divers modes d’expressions que j’utilise, certains ont une connotation liée aux art populaires par exemple, je m’en réjouis. Je travaille d’ailleurs depuis plus d’un an sur un projet de cabaret qui privilégie la rencontre directe d’artistes avec le public et les formes artistiques les plus diversifiées.

KG- Vous vous engagez volontiers dans des entreprises collectives, notamment à travers vos travaux d’édition ou un projet de constitution d’une école d’art. Outre les capacités particulières que cela démontre, loin de l’image d’Épinal de l’artiste solitaire, c’est une attitude qui met également l’accent sur le souci de la transmission.

AT - Effectivement, la transmission a un rôle central dans tout ce que j’entreprends.
Je m’intéresse de près aux notions de récit, de l’histoire, du partage, du témoignage, d’ailleurs la maison d’édition s’appelle Récit.
Bien sûr, le travail collectif n’a rien d’évident, mais au fond l’activité et l’énergie artistique sont les mêmes. Et si elles ne se matérialisent pas directement par des formes exposables, j’y mets exactement la même intensité que celle que je mets dans mon travail personnel. Je ne fais pas non plus de hiérarchie entre mon travail personnel et mes autres activités. En plus d’être un lieu de transmission, l’école est aussi un espace formidable pour chercher des énergies nouvelles.

KG - Tout cela fait de vous le portrait d’un garçon aimable et généreux. Mais je n’oublie pas que vous avez brûlé Vienne !

AT - C’était un accident ! J’étais avec un ami à Vienne, avec qui j’ai l’habitude de travailler, Lucas Henao Serna. J’ai dessiné un monument sur des formats type cartes postales, comme les peintres des quartiers touristiques. Et il est intervenu dessus, à l’aquarelle, pour dessiner un feu, intuitivement. Le rapport entre le dessin et l’irruption de la fiction nous a intéressé évidemment, c’est une drôle de façon de collaborer et cela crée un rapport ambiguë à l’Histoire. On a donc fait plusieurs dessins. D’ailleurs, quelques mois après leur réalisation, le Parlement autrichien a vraiment pris feu, par accident. Les images de cet événement étaient troublantes de ressemblance avec le dessin qu’on en a fait !

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