Savoir / Dessiner
 

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Extrait d’une conversation avec David Duvshani,
commissaire de l'exposition Moyen Orient Express 2

(WARD,catalogue, octobre 2015)
à propos de Vacances

David Duvshani: Quelle est la symbolique des dalles de béton en contradiction avec les images de vacances ?

Arthur Tiar: La symbolique dans ce travail, ou plutôt la question, c’est peut être justement la notion de symbole.
Les images, comme le béton, sont avant tout des matériaux de résistance. L’un pour se souvenir, l’autre pour construire. Du coup, en projetant des images sur ces dalles, je crois qu’ils sont fragilisés, l’un comme l’autre.
Aussi, les images ont été prises dans les années 70, on peut le voir aux voitures ou aux bâtiments. Elles me plaisaient surtout parce que ce sont avant tout des photos de vacances. Que symbolisaient-elles pour le photographe à l’époque, que symbolisent-elles pour moi aujourd’hui? Elles montrent un lieu de villégiature, et peut-être de promesses. Les diapos sont abîmées, les couleurs un peu passées. Aujourd’hui, quand je pense Israël, d’autres images me viennent en tête, les constructions, le mur de séparation...S’il s’agit d’un travail politique, ça n’est pas au sens critique, c’est plutôt un constat immuable. Ce qui m’intéresse c’est d’explorer le manque de solutions, pas de résoudre les problèmes. J’essaye de me détacher d’une trop grande emprise intentionnelle, de trop charger le travail. C’est vraiment une association simple, sur l’impression et le support, sur le poids de l’image.
Je cherche à évoquer le déplacement d’une représentation, d’une lecture, d’un point de vue, en fonction de sa temporalité. Il est important qu’on puisse se déplacer physiquement entre les dalles. Lorsque l’on passe devant le projecteur, on “efface” l’image, il ne reste plus que la dalle. L’une d’entre elle est posée sur un diable, pour suggérer son possible déplacement. Si on déplace la dalle, l’effet n’est plus le même.

DD: Que signifient ces images de vacances pour vous, quelle importance qu’elles soient produites en Israël ?

AT: Ces images ont été faites en Israël.
Ce sont des photos de famille, j’en ai hérité, en quelque sorte. Je n’ai jamais été en Israël. Je n’ai pas vraiment de lien avec ce pays. Mais ça n’est pas le cas de ma famille, et c’est ça qui a motivé ce travail. Je trouve passionnant la différence de lecture qu’on peut avoir d’une photographie à quelques années d’intervalles. Je leur ai trouvé un intérêt esthétique, et j’ai commencé à jouer avec. On projette pour voir les choses en grand, et pour partager. À une époque, on projetait les photos pendant les réunions de famille, justement avec les diapositives. C’est comme ça que j’en suis arrivé à leur projection, puis aux dalles de béton. Bien sûr la confrontation strictement formelle béton/projection m’intéresse, mais ce n’est pas dans ce sens là que je travaille. Je ne peux pas explorer des formes sans moteur. J’ai toujours la volonté de parler de quelque chose, de dire quelque chose. En fait, je me pose souvent la question de la valeur “sociale” de mes propositions. Mais à la base, je pense que si on fait de l’art, on le fait pour soi-même, dans tous les sens. C’est-à-dire, parce qu’on veut exprimer quelque chose, et qu’on veut la voir exprimée, car pour soi, c’est important. C’est une chose individuelle. On ne travaille pas pour les autres. Mais face à cela, il est important que l’idée qu’on cherche à présenter le soit par l’expérience esthétique. On n’a pas le choix. L’art est surtout pour moi un manque de solution.

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