Savoir / Dessiner
 

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Texte de Camille Paulhan
(2016)

À l’origine de l’œuvre d’Arthur Tiar, il y a d’abord une réflexion précise sur ce que
peuvent être aujourd’hui des images, et comment celles-ci peuvent renseigner sur ce qui
est absent. Quel que soit le mode de représentation adopté – dessin, photographie,
vidéo, mosaïque… –, cette préoccupation demeure constante : ce sont, par exemple, les
reflets saisis dans une vitrine d’un immeuble du centre de Vienne, où se répercutent
traces indicielles du passé de la ville et moments présents, ou encore ce long travelling
sur le Ring où se feuillettent dans un mouvement constant des images appartenant à
différentes temporalités. Une intrigante série de photographies, quasi abstraites, montre
les masses sombres de corps marchant sur des dalles de verre, au-dessus de nos propres
regards : ici tout est question de point de vue, toujours légèrement décalé. Il est moins
question de prendre « de la hauteur » que d’effectuer un pas de côté qui permet de
regarder la mémoire sous un angle non pas commémoratif mais sous la forme d’une
luciole qui viendrait faiblement éclairer nos représentations contemporaines.
Arthur Tiar s’est intéressé à des villes aussi historiquement et culturellement marquées
que Paris, Vienne, Thessalonique ou Jérusalem, pour déjouer des attentes pittoresques
et en donner des souvenirs autres : détails de monuments difficilement reconnaissables,
photographies de famille pixellisées en mosaïque au point d’en devenir indéchiffrables,
ou encore travail avec les glitchs de Google Street View, permettant de se déplacer
virtuellement par fragmentations successives des espaces. Fragmentés donc, les espaces
d’Arthur Tiar, comme ceux des piscines bleues dont les grilles régulières se
décomposent sous son objectif, mais toujours en mouvement, intellectuel comme
physique.

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